Quand l'Athletic Bilbao a captivé le monde sous Marcelo Bielsa

Il existe des combinaisons qui, à première vue, ne semblent pas avoir beaucoup de sens et ne donnent pas l'impression qu'elles pourraient réellement fonctionner ensemble. Pourtant, dans certains cas, tout finit par s'emboîter parfaitement, produisant un résultat aussi surprenant que réussi. En 2011, dans un football espagnol dominé par le Barça de Guardiola et le Real Madrid de Mourinho, émergea une équipe qui, telle une étoile filante, brilla brièvement mais laissa des souvenirs précieux parmi les amateurs de football.

Supporters de l'Athletic Bilbao avec le stade San Mamés en arrière-plan
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Supporters de l'Athletic Bilbao avec le stade San Mamés en arrière-plan
C'était l'Athletic Club de Marcelo Bielsa, qui devint brièvement l'alternative aux deux géants du football espagnol. Aujourd'hui, le football est souvent analysé à travers les statistiques plutôt qu'à travers le jeu lui-même. Si l'on regarde uniquement les résultats et les chiffres, cette équipe pourrait passer inaperçue, mais pour ceux qui l'ont vue jouer, les souvenirs restent très vifs.

Un bref résumé de l'histoire de l'Athletic

À la fin du XIXᵉ siècle, Bilbao était une région industrielle, attirant de nombreux immigrés britanniques qui apportèrent avec eux une forte passion pour le football. De même, beaucoup de Basques étaient partis étudier en Angleterre, où ils développèrent cette même passion, qu'ils ramenèrent ensuite dans leur pays natal.

À partir de 1898, plusieurs étudiants revenus d'Angleterre commencèrent à jouer au football dans la région et, en 1902, ils décidèrent de fonder un club officiel. L'influence britannique était telle que le nom choisi fut Athletic Club, avec l'orthographe anglaise. Depuis 1911, le club applique une politique consistant à ne jouer qu'avec des joueurs basques, ce qui rend encore plus impressionnants ses huit titres de Liga et ses 24 Coupes du Roi. Cette politique ne s'applique toutefois pas à l'entraîneur et au staff, permettant ainsi l'arrivée de techniciens étrangers.

Marcelo Bielsa
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Marcelo Bielsa

Marcelo Bielsa

L'Argentin fut un joueur discret, mais comme entraîneur, il se fit rapidement un nom dans le football de son pays après des saisons réussies avec Newell's Old Boys. Après un passage au Mexique, il retourna en Argentine pour entraîner Vélez, avec de bons résultats une nouvelle fois. Il rejoignit ensuite l'Espanyol pour une courte période, avant d'être appelé par la sélection argentine. Malgré une grande génération de joueurs, sa mauvaise Coupe du Monde 2002 entacha gravement son image en Argentine.

En 2007, il prit en charge la sélection chilienne, contribuant à en faire l'une des meilleures équipes d'Amérique du Sud. Cela mena l'Athletic Club à le recruter en 2011, après l'élection de Josu Urrutia à la présidence du club et le départ de Joaquín Caparrós. Tout au long de sa carrière, El Loco devint célèbre pour son style de jeu rapide, intense et offensif, mais aussi pour sa personnalité unique, qui ne laisse personne indifférent.

L'effectif de l'Athletic 2011-12

En raison de la politique de recrutement du club basque, les périodes de transferts ne voient généralement pas arriver beaucoup de nouveaux joueurs, et lorsqu'il y en a, ils ne représentent presque jamais des dépenses importantes. L'été 2011 ne fit pas exception : la seule recrue fut Ander Herrera, arrivé de Saragosse pour environ 7,5 millions d'euros. Aucun joueur ne quitta l'équipe première, si bien que Bielsa prit en charge une formation qui avait bien performé en Liga (sixième place et qualification européenne) et avait été éliminée en huitièmes de finale de la Coupe du Roi.

L'effectif était un mélange intéressant de jeunes joueurs prometteurs et de joueurs plus expérimentés. Bielsa a toujours été un entraîneur qui n'a pas peur de miser sur des jeunes ou des joueurs méconnus, tant qu'ils répondent aux exigences de son système. Dans ce sens, l'entraîneur argentin s'appuya fortement sur un groupe de jeunes tels qu'Iker Muniain, Mikel San José, Ander Iturraspe, Oscar De Marcos, Javi Martínez (qui, malgré son jeune âge, bénéficiait déjà d'un temps de jeu important les saisons précédentes), Markel Susaeta, ainsi que le nouveau venu, Ander Herrera. Plusieurs d'entre eux connurent de très belles carrières à l'Athletic Club, certains devenant même de véritables figures récentes du club.

Ce groupe de jeunes fut complété par des joueurs plus « vétérans » comme Gaizka Toquero, Andoni Iraola, David López, Gorka Iraizoz et le meilleur buteur Fernando Llorente. La combinaison de ces niveaux d'expérience différents et d'un effectif relativement large, aux performances très homogènes - notamment en tenant compte du fait que l'équipe disputait trois compétitions, ce qui est peu courant pour le club - malgré une seule recrue, était remarquable.

Le style de jeu traditionnel du football basque est plus proche du style classique anglais : jeu direct, nombreux duels aériens, beaucoup d'engagement physique - des éléments qui ne correspondent pas vraiment à ce que Bielsa met habituellement en place dans ses équipes. Ainsi, l'équipe développa un jeu de passes, beaucoup de vitesse et un pressing constant sur l'adversaire, tout en étant dangereuse sur les ailes.

Résultats

En championnat, l'équipe connut un début difficile, et sa réaction - notamment au milieu de la saison - ne permit pas de dépasser la dixième place finale, la fin de saison ayant été marquée par une baisse de performance. En Coupe du Roi, l'équipe atteignit la finale face au Barça de Guardiola, perdant 3-0 sur des buts de Messi et Pedro.

En Ligue Europa, qu'elle commença au tour de barrages, elle atteignit également la finale après avoir éliminé des équipes comme le Paris Saint-Germain, Manchester United, le Sporting et Schalke 04. La finale contre un adversaire bien connu, l'Atlético Madrid, se solda aussi par une défaite 3-0, avec un doublé du Colombien Radamel Falcao.

Comme on peut le constater, si l'on examine uniquement les résultats, cette saison ne paraît pas exceptionnelle. Mais l'Athletic n'est pas un club habitué à atteindre des finales, particulièrement dans les compétitions européennes. Ce qui ressort surtout cette année-là, c'est le style de jeu, devenu extrêmement apprécié tant par les supporters que par les observateurs neutres.

Le style de Bielsa comporte cependant un revers : il exige énormément de ses joueurs, physiquement parlant. Cette saison en fut un parfait exemple : une période d'adaptation initiale qui coûta des points importants en Liga, puis la fatigue en deuxième partie de saison, contribuant aux deux défaites en finale.

Malgré ces limites, la saison laissa une profonde impression chez tous ceux qui l'ont vécue. L'Athletic joua avec une identité qui lui était propre - audacieuse, intense et fidèle aux principes de Bielsa - et ce fut surtout son parcours européen qui devint l'élément le plus mémorable de cette saison. Les victoires contre des géants comme Manchester United et le PSG ne furent pas des accidents : elles furent le fruit d'une équipe qui, à son meilleur niveau, joua peut-être le football le plus dynamique et courageux d'Europe cette année-là.

Bien qu'aucun trophée n'ait été remporté, l'impact émotionnel de cette saison perdura bien plus longtemps que n'importe quelle pièce d'argenterie. Pour de nombreux supporters, elle représenta un moment rare où l'Athletic Bilbao ne se contenta pas de lutter avec le coeur, mais le fit avec un style admiré dans le monde entier. Le projet de Bielsa n'a peut-être brillé que brièvement, mais son héritage continue d'influencer la manière dont le club - et ses supporters - imaginent ce qui est possible.